Lieu de Mémoire : A Auschwitz, avec une classe de lycéens Asniérois

b-inscription memorialLa région soutient les actions conduites par certaines associations qui oeuvrent pour la Mémoire et sa transmission.

J’ai souhaité accompagner une classe de seconde du Lycée Professionnel de Prony (Asnières) et ses deux professeurs, par une froide journée de novembre, dans les camps d’Auschwitz-Birkenau, en tant que Conseillère régionale d’Ile-de-France.

b-classeCette action a  eu lieu dans le cadre d’un dispositif facilitant l’organisation des voyages des lycéens franciliens à Auschwitz.

Elle est organisée avec le concours actif du Mémorial de la Shoah.

Les camps d’Auschwitz, de Birkenau, de Treblinka, comme tous ceux de la région, ont « accueilli » entre 1942 et 1945, plus de 76000 juifs -dont 2500 sont revenus- mais aussi de nombreux prisonniers politiques, communistes, tziganes, homosexuels, toute une série de personae non gratae dans le projet social et politique des nazis.

La journée commença avec la visite du camp de Birkenau; il faisait encore jour, et malgré un soleil éclatant pour un mois de novembre, l’atmosphère était glaciale.

La Porte de la mort-camp de Birkenaub-birkenau

A peine découverts les wagons témoins où voyageaient dans des conditions innomables hommes, femmes, enfants, vieillards pendant des jours, la trop célèbre Porte de la Mort (celle du camp d’Auschwitz 2-Birkenau, sur la photo ci-dessus, à gauche) se dressa devant nous, et nous basculions dans un univers concentrationnaire inimaginable.

La visite des camps, c’est un moment éprouvant, qu’il est difficile de relater. Compliqué de choisir les mots.

Ils semblent toujours si faibles, si ridicules ou dérisoires. On n’a jamais le bon ton.

Chaque expérience est personnelle, mais cela ne change rien à l’essentiel : la déportation, qui commence en mars 1942 en France, a donné naissance à la pire création de l’esprit humain, le système concentrationnaire et la logique d’extermination.

Nous nous laissons guider à travers la découverte de l’univers concentrationnaire, ou du moins de ce qu’il en reste.

Les deux témoins de la Déportation, qui nous accompagnent ce jour-là, racontent les rituels des déportés dans le camp : la précarité et les conditions de la survie, le manque de dignité au quotidien, les nuits dans les baraques inconfortables surpeuplées et insalubres, la sous alimentation, le manque d’hygiène et les maladies (dysenterie, typhus, etc), les épidémies, la terreur permanente…

les baraques ou blocks
les baraques ou blocks

les lattrines
les lattrines

b-selectionDes photos d’époque  nous permettent d’imaginer l’atmosphère des convois où s’entassaient par centaines ceux qui ne devinaient pas déjà leur fortune. Le processus de « sélection » des voyageurs, dès leur descente du train, et qui signifie droit de survie ou de mort rapide nous est raconté.

Tout pouvait basculer, dans le choix d’une file ou d’une autre.

Puis c’est le moment de la visite des vestiges des chambres à gaz en lisière de forêt. Les nazis auraient fait disparaître les traces de ces opérations avant de quitter les lieux.

b-memorialVers 15 heures, nous nous approchons du Mémorial pour un temps de recueillement. Le moment est presque plus grave, après tout ce qui vient d’être vécu.

Les lycéens sont attentifs et recueillis. Je suis impressionnée par leur capacité à encaisser tout cela, et je me demande comment ils analysent le flux des informations qui les assaillent…

Le rôle des enseignants est capital. Dans leur classe, je sais qu’ils en débattront.

b-frontièreLe déjeuner est frugal. Il fait de plus en plus froid. L’hiver, en Pologne, la nuit tombe tombe encore plus vite…

Nous sommes aux portes du camp d’Auschwitz et la lumière du jour s’évanouit déjà.

Nous passons sous la fameuse barrière qui marque la frontière, l’entrée dans le camp. Les batisses identiques se déploient dans des allées impeccables, comme une prison.

Dans les camps d’Auschwitz, le « Musée » immortalise les souffrances et les aberrations du système mis en place.

Un univers sordide fait découvrir au visiteur des vitrines immenses de cheveux jaunis par le temps, les tissus confectionnés avec ces mêmes fils de cheveux humains, les valises et les effets personnels, les brosses à cheveux, les brosses à dents, les peignes et nécessaire à rasoir par milliers, des chaussures…

Les blocks offrent à notre regard stupéfait, chacun leur histoire : les cachots, les salles d’interrogatoire, les salles de laboratoire, les dortoirs, les mouroirs, les fours…
Une vision insoutenable.

un cachot où 3 personnes s'entassaient la nuit
un cachot où 3 personnes s’entassaient la nuit

Nous apprenons tout des exécutions sommaires, des tortures, des cachots et autres réduits où on pouvait s’entasser à trois toute la nuit avec interdiction de s’assoupir autrement que debout après et avant une dure journée de labeur.

Des tableaux rappellent l’engagement des Justes, qui ont permis de sauver des vies, l’action remarquable des résistants, de tous ceux qui ont lutté pour la vie et contre la haine.

On a aussi appris que la résistance a existé à Auschwitz. Avec plus ou moins de succès, des actions de résistance individuelle et collective ont vu le jour, avec des actes de solidarité, de dévouement, de renseignement aux groupes de résistance extérieurs, de sacrifices aussi.

Le 5 octobre 1942, lors de la « révolte de Budy », du nom d’un des kommandos de Birkenau, des femmes juives dont des françaises sont massacrées.

Mais incontestablement, le première forme de résistance a été la volonté de survivre à l’entreprise de déshumanisation organisée par le système.

Après la libération de la France, le ministère des prisonniers, déportés et réfugiés est chargé de rapatrier 1000000 prisonniers de guerre, 700000 travailleurs forcés, 45000 déportés.

La libération est progressive selon les camps; elle intervient entre le 12 avril et le 7 mai, grâce aux Américains, aux Français et aux Britanniques.  A Paris, l’Hôtel Lutetia est organisé en centre d’accueil à partir de mi avril 1945.

Le travail de Mémoire se poursuit, au retour de cette journée particulière, par la création d’un panneau d’exposition par chaque établissement scolaire ayant participé à la visite. Le travail de Mémoire doit continuer.

Ce récit n’a pas vocation à résumer ce qui ne peut pas l’être. C’est un récit, avec sa part de subjectivité, son regard et ses limites. J’ai été très bouleversée par cette journée à Auschwitz-Birkenau.

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