Yade : téméraire mais pas courageuse
Rama Yade : forfait devant Roland Muzeau. C’est acté. Elle a décidé de se présenter dans la 2ème circonscription des Hauts de Seine qu’elle juge plus facile à conquérir. Erreur d’analyse.
On se rappelle que pour justifier sa présence sur la liste des Hauts de Seine aux régionales de 2010, Rama Yade avait fait miroiter aux instances dirigeantes de l’UMP un beau combat sur la 1ère circonscription, à la hauteur de l’idée qu’elle se faisait alors de sa personne.
Elle déclarait alors au Figaro, c’était à l’automne 2009 : «Je viens d’ouvrir une permanence. Une centaine de militants travaillent pour moi. Je ne vais pas les planter comme ça ! Et puis, on ne va quand même pas se plaindre d’avoir une volontaire pour aller se battre dans une circo coco». Rama Yade s’est dégonflée, elle n’est plus volontaire pour aller « battre le coco »…
Ce côté ‘rentre dedans’ avait sans doute fait son effet, sauf qu’au passage, elle était aussi ‘rentrée dans’ Leila Leghmara, conseillère régionale membre du Nouveau centre, sortante, ancien adjointe au maire, incarnant la diversité, et qui n’avait pas démérité -de l’avis de tous-; la jeune femme élue locale depuis plus de 10 ans avait disparu de la liste des candidats… pour faire la place à Rama Yade, la très populaire… Normal.
Celle que les médias surnomment l’ »enfant chérie des sondages » est aussi une sorte d’ »enfant gâtée » de la politique et de Nicolas Sarkozy qui lui a tout donné, « sur un plateau » en »diamant » -cette fois-, un autre qualificatif qui devait flatter son ego avant qu’elle ne change d’avis sur le Chef de l’État.
Gonflée par ces éloges dithyrambiques, Rama Yade, venue à la politique par le haut, a sans doute du mal à redescendre sur terre, et à se mettre au niveau de tous ceux qui ont conquis des mandats à force d’être sur le terrain et depuis de longues années.
Comme le principe même de l’élection est étranger à la nomination, celle qui a toujours été nommée aux postes les plus prestigieux de l’État continue d’y aller au culot et de se comporter en déesse des sondages, sans aucune retenue, sans respect pour l’engagement des autres, sans humilité, sans discernement.
Rama Yade charrie tout sur son passage : les autres femmes de la diversité comme Leila Leghmara, les femmes qui ont une action politique de terrain depuis de longues années, comme Nicole Goueta qui avait eu la gentillesse de l’accueillir sur sa liste municipale en 2008, les femmes qui lui font confiance, comme Valérie Pécresse en 2010, avant qu’elle ne claque la porte du groupe Majorité Présidentielle pour rejoindre l’ARES… 2 jours avant que Jean-Louis Borloo n’abandonne la course à la présidentielle.
Un mauvais calcul pour Rama Yade qui avait tout misé sur « Jean Louis », après avoir admiré l’ancien maire de Neuilly délivrant la maternelle des mains du preneur d’otage. Mais c’était avant qu’il lui fasse savoir qu’on n’était pas membre du gouvernement à vie.
Après avoir tenté en vain de s’imposer sans succès sur la liste UMP des sénatoriales, puis essayé de se rabattre sur celle du Nouveau centre, il ne restait à Rama Yade que la 1ère circonscription et la défaite assurée devant le coco et la 2ème qui pourrait (à son sens) lui permettre d’arriver sur les bancs de l’assemblée. Yade a vite fait son choix.
Téméraire, car beaucoup de doutes persistent sur la réalité de son implantation locale où elle devra affronter des élus locaux de terrain implantés. Elle ne brille pas par son courage politique et risque de préparer un boulevard pour la gauche en 2012.
Qu’importe, ce qui compte, c’est qu’elle soit élue! Après tout, proche de la gauche, propulsée par l’UMP, rabattue sur le Parti Radical, recyclée dans l’ARES, tout cela en 5 ans top chrono, Rama Yade a montré que l’essentiel c’était qu’elle y soit…, et que peu importait la crémerie, il fallait que le lait soit chaud.

