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Lundi 13 octobre 2008

Le busing n'a pas la côte parmi les enseignants et les directeurs d'Asnières. C'est le moins qu'on puisse dire.
Le busing est la première décision de la nouvelle équipe municipale en matière scolaire. Et il n'y a pas de quoi se vanter...

A la rentrée de septembre, une douzaine de petits asniérois scolarisés habituellement à l'école René Descartes ont été choisis pour fréquenter l'école élémentaire Jean d'Ormesson, situé dans le quartier Becon Flachat.

Ces enfants, qui sont âgés de 6 ans et plus doivent, chaque matin prendre le bus pour se rendre dans une école très éloignée de leur domicile. Ils doivent se lever plus tôt.. Ils sont séparés de leur famille, de leur fratrie... Ils rentrent plus tard le soir, ils ont des temps de transport en plus. C'est beaucoup pour des petits...

En réalité, après quelques semaines de classe, les avis sont très mitigés.
L'on ne se cache pas pour évoquer les doutes sur cette mesure qui était présentée comme LA mesure de rentrée de l'actuelle municipalité.

Le corps enseignant est loin d'être convaincu, car la faculté d'adaptation des enfants est très largement éprouvée. Ils n'ont pas déménagé, pourtant ils doivent gérer de nouveaux repères, de nouveaux "copains", une nouvelle école.. loin de chez eux.

Pour ces enfants déracinés, c'est plus de difficultés, notamment :
- dans les horaires et les trajets,
- ils rentrent plus tard le soir et ne peuvent pas pratiquer d'activité extra scolaire après la classe
- ils ne peuvent jamais faire les trajets maison-école avec un de leurs parents, car il partent en bus
- les jours de repos, au lieu de jouer avec les copains du quartier qui fréquentent la même école ou la même classe, ils sont comme "étrangers" dans leur quartier.
Bref, tous leurs repères sont cassés...

Le jeu en vaut-il la chandelle ?
Rien n'est moins certain.... On le saura dans quelques années lorsque des bilans auront été dressés sur les cohortes d'enfants concernés.
Mais, des études très sérieuses, menées aux Etats-Unis qui ont été les premiers à mettre en place cette mesure, ont conduit à ce que les pouvoirs publics l'abandonnent purement et simplement.

Pourquoi ?
Parce qu'elle aboutissait à recréer des nouveaux ghettos.. Parce qu'il stigmatisait certains quartiers qu'on était réputé vouloir quitter à tous les prix pour réussir.

Si je partage l'objectif final de donner de meilleures chances aux petits asniérois, je m'interroge qur cette mesure à deux titres:
- d'une part, pourquoi 12 élèves seulement ?
- En vertu de quoi sont ils sélectionnés ? Et les 300 autres qui fréquentent l'école qu'ils quittent, n'ont-ils pas mérité ce traitement de faveur ?
- Pourquoi une telle discrimination ?

Car, disons les choses comme elles sont, c'est de la discrimination qui est créée avec cette mesure.

Plusieurs personnes au sein de la communauté éducative observent que les enfants restent regroupés et rencontrent des difficultés à se faire de nouveaux amis. Ils s'accrochent à leurs repères, le copain ou la copine qu'ils connaissaient de leur ancienne école.
Les parents font également état de ces difficultés au quotidien.

Les parents ne comprennent pas bien comment les anfants sont choisis...

C'est encore tôt pour faire un bilan définitif, mais les débuts de la mesure sont assez erratiques.

Plutôt que de dépayser de la sorte des petis élèves, je considère qu'il faut plutôt faire le choix d'investir dans les écoles de quartiers, dans les bâtiments, les services, les loisirs et les activités péri scolaires, les sorties, l'encadrement, bref dans l'environnement des enfants, au lieu de sélectionner une infime minorité qui est censé bénéficier de ce traitement spécial.
Il faut aussi organiser des séances de soutien pour ceux des élèves qui décrochent ou qui rencontrent des difficultés plus durables.
C'est l'idée des clubs Coup de pouce mis en place par la précédente équipe municipale. C'est aussi le dispositif de réussite éducative qui fonctionne depuis quelques années à Asnières.
C'est enfin les internats d'éducation favorisés par le Conseil général des Hauts-de-Seine.

Nos quartiers sont divers, c'est une chose.
Dans certains, l'on rencontre de façon générale plus de difficultés que dans d'autres, c'est vrai.
Mais on peut réussir et on a droit à la réussite à Jules Ferry comme à Fontaine, et à Normandie comme à République... C'est dangereux de montrer ainsi du doigt certains quartiers de la ville. C'est dangereux et c'est injuste car ainsi on passe sous silence toutes les réussites qui s'y réalisent, et il y en a...

En matière d'éducation, il n'y a pas de solution miracle... sinon cela se saurait...
Mais lorsque l'avenir, et surtout l'équilibre des jeunes enfants est en cause, il faut faire attention à ne pas faire d'expérimentations trop hasardeuses...



Par Marie-Dominique Aeschlimann - Publié dans : On en parle...
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