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Mardi 21 octobre 2008


LE POINT DE VUE DE....  aborde aujourd'hui la question du Handicap, avec la volonté d'en parler comme il se vit, c'est-à-dire tantôt comme un parcours d'obstacles tantôt comme une volonté farouche de les dépasser.

Avec Christian TOUGARD, c'est un autre regard qui est posé sur la ville, et sur les services que sont en droit d'attendre ses concitoyens porteurs de Handicap.
Rencontre avec une personnalité hors du commun.

Marie-Dominique AESCHLIMANN 
: Bonjour, vous êtes Asniérois depuis toujours et mobilisé par la question du Handicap dans la vie quotidienne de nos concitoyens. Qu'est ce qui vous anime ?

Christian TOUGARD : Bonjour. je m'appelle Christian TOUGARD, je vis à Asnières. Je suis handicapé de naissance, atteint d'un syndrome poly-malformatif, vivant sur Asnières. Je suis un ancien membre du Conseil Consultatif Départemental des Personnes Handicapées. J'ai également été vice Président du Conseil Economique et Social de la ville d'Asnières.

Marie-Dominique AESCHLIMANN : Vous venez d'être promu Chevalier dans l' Ordre national du Mérite, par décret du 17 mai 2008. Permettez-nous de vous adresser nos sincères Félicitations pour cette distinction. Quel sens revêt cette reconnaissance de la Nation à vos yeux?

Christian TOUGARD : J'ai été d'abord très ému d'être promu Chevalier de l'Ordre National du Mérite, car je ne suis qu'un simple citoyen qui a fait ce qu'il pensait être normal. Recevoir cette distinction nationale a été pour moi un encouragement à continuer mon combat afin d'apporter un « plus » aux personnes handicapées et âgées. Si j'ai fait de simples choses comme écrire aux instance politiques et européennes et co-créer une association sportive pour personnes handicapées, je n'étais pas le seul. Nous étions quatre au départ. Je voudrai surtout rendre un hommage à Monsieur Daniel FAIVRE qui nous a quittés il y a quelques années, et à Manuel AESCHLIMANN qui était à nos côtés dès le début.

Marie-Dominique AESCHLIMANN : Le Handicap peut prendre de multiples formes, on le sait. Quelle est l'expérience de la famille qui rencontre le Handicap dans sa vie ?

Christian TOUGARD : Lorsqu'une famille apprend le handicap d'un nouveau né ou d'un proche ayant eu un accident, le cercle infernal commence par la reconnaissance. Faire reconnaître le handicap d'une personne est trop compliqué.
C'est un vrai calvaire qui commence entre médecins, administrations et cela malgré la Maison du Handicap.
Certaines familles n'ont pas ou ne veulent pas faire reconnaître administrativement ce handicap par pudeur.
Toute la vie du handicapé est jalonnée de papiers administratifs.
Exemple : La famille X a un enfant né avec un handicap, elle devra faire plus de quatre fois le renouvellement de carte, reconnaissance (invalidité, tiers temps, aide scolaire et autres) rien que pendant les vingt premières années de leur enfant.
Si cet enfant passe aussi en milieu hospitalier on peut constater qu'un nombre effarant de papiers à remplir par les parents. Ensuite, une personne handicapée adulte devra tous les cinq ans refaire un dossier pour la continuité de sa reconnaissance (même si son handicap est acquis et définitif).
Malgré la nouvelle loi, la reconnaissance est une pesanteur pour les familles et les handicapés.

Marie-Dominique AESCHLIMANN : Beaucoup reste encore à faire pour que la vie de nos concitoyens porteurs de Handicap soit « plus normale ». Pour vous, quelles sont les priorités ?

Christian TOUGARD: L'accès aux crédits immobilier et à la consommation, l'assurance vie, la prise en charge après le décès des parents, le manque de structures d'accueil au niveau de la petite enfance et de la scolarité. Le surcoût lors de l'équipement d'un véhicule pour handicapé (peu de constructeurs ont un département handicap, sauf Renault).
Bref, tout est prioritaire, car on vient de loin.

Marie-Dominique AESCHLIMANN: Parlez nous de la vie de l'enfant, de l'école qui permet de préparer son avenir... Existe t-il vraiment une égalité des chances pour les petits handicapés?

Christian TOUGARD: Non, et je le regrette. La famille de l'enfant handicapé sera obligée de se battre pour une scolarité dite en milieu normal jusqu'à la fin de sa scolarité.
Le système éducatif public est peu adapté pour certains handicaps comme l'autisme, le phénomène de douance (enfants précoces que l'on peut considérer comme handicap scolaire). Beaucoup d'établissements spécialisés dans ces secteurs sont hors contrat donc privés. Si une famille doit choisir ce type d'établissement pour son enfant, elle devra débourser une somme annuelle de plus de 6000€.

Marie-Dominique AESCHLIMANN : La conquête de l'autonomie est un vrai défi pour la personne handicapée. Cela passe par l'accès à l'emploi et l'insertion sociale et professionnelle. Les lois en la matière suffisent-elles ?

Christian TOUGARD. : L'emploi est un des plus gros soucis car peu d'établissements font la démarche d'emploi en faveur de cette catégorie de personnes. Bon nombre de sociétés préfèrent payer une amende au fonds de l'AGEFIPH au recrutement d'une personne handicapée.
Le taux de chômage de cette catégorie est très supérieur à la moyenne nationale des chômeurs de plus de 50 ans.

Marie-Dominique AESCHLIMANN : Vous vivez dans votre Ville, Asnières. Vous avez exercé des responsabilités dans la vie publique. Quel regard portez-vous sur les réalisations passées, sur la place des handicapés dans la ville ?

Christian TOUGARD: Ayant connu Asnières-sur-Seine il y a plusieurs décennies, j'ai vu les modifications et les améliorations aux profits des personnes âgées et handicapées.
Manuel AESCHLIMANN a fait beaucoup pour le Handicap dans la ville.
D'abord, Manuel AESCHLIMANN a signé la Charte Ville-Handicap, avec la Ministre en charge du Handicap à l'époque, Madame Marie-Anne MONTCHAMP.
Des places de parking ont été créées dans le centre ville, et en nombre suffisant; cela permet aux personnes handicapées de faire leurs courses « comme tout le monde ».
Il y a eu un nouvel ascenseur aux normes pour desservir le Centre Administratif et Social, desservir le Théâtre, accéder aux salles de réunion pour les associations. Ce n'est pas rien....
Il y a eu les avancées avec le nouvel accès aux quais par ascenseur de la gare SNCF.
C'est le cas aussi avec les ascenseurs et les rampes des équipements sportifs (piscine Franck ESPOSITO).
Manuel AESCHLIMANN a mis en place le port des repas à domicile pour les personnes âgées et handicapées, ainsi que le transport adapté...
La dernière amélioration est celle de la boutique de téléphonie proche de la gare d'Asnières qui a investi dans une rampe d'accès électrique de sa boutique.

Marie-Dominique AESCHLIMANN : Beaucoup a été fait, mais tout n'est certainement pas réglé. Quelles sont vos attentes aujourd'hui ?

Christian TOUGARD: Elles sont nombreuses. Car depuis la nouvelle municipalité, rien de nouveau. Pas une seule innovation ni proposition; j'ai le sentiment qu'on piétine. Depuis quelques mois, on voit même une régression d'accès à certains lieux (pas de place dans le secteur piscine pour les personnes handicapées). Depuis l'ouverture des deux stations de métro, un flot de véhicules reste garées autour de la piscine et de la patinoire, interdisant l'accès aux structures par les personnes à mobilité réduite...
Mais nous verrons bien, il faut juger sur les actes. Connaissant bien l'effet dévastateur du préjugé, je m'efforce de ne jamais le laisser prendre le pas sur mon jugement.


Marie-Dominique AESCHLIMANN: merci Christian. A bientôt...




Par Marie-Dominique Aeschlimann - Publié dans : Le point de vue de...
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