
La guerre d'Algérie n'en finit pas de diviser. Plus de 40 ans après, elle divise les Mémoires, tout comme elle a longuement et profondément divisé les français à l'époque des
événements.
Rappelons que le 5 décembre est la date officielle retenue pour commémorer en France la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie.
Dans son discours, Jean-Jacques RENARD (sur la photo, à gauche), le Président du Comité de Liaison des Associations d'Anciens Combattants, victimes de guerre, Déportés et Associations
patriotiques, est revenu sur l'histoire de cette date qui, si elle ne fait pas l'unanimité, a rassemblé une très grande majorité d'associations d'Anciens Combattants lors de la consultation menée
par la Commission présidée par l'historien Jean Favier.
Le 5 décembre, depuis le décret du 26 septembre 2003, est la date officielle pour rendre hommage aux combattants morts en Afrique du Nord.
Le 5 décembre est l'anniversaire de l'inauguration, par le Président de la République, Jacques Chirac, du Mémorial en l'honneur des morts militaires de la guerre d'Algérie, quai Branly, à Paris,
le 5 décembre 2002.
Jusqu'à 1999, la guerre l'Algérie a pâti de l'absence d'une Mémoire officielle.
Il a fallu attendre la loi du 18 octobre 1999, adoptée à l'unanimité, pour reconnaître à la guerre d'Algérie la qualification de guerre.
Jusque là, on parlait pudiquement d' «événements», d' «opérations de maintien de l'ordre»....
A cause de la mauvaise conscience qui entourait cette guerre, de l'éclatement de la mémoire nationale suivant les préférences -pour ou contre le maintien de ce territoire dans la
République-, y compris les valses hésitations de la majorité silencieuse, et jusque dans les rangs de nos propres responsables politiques, il n'a jamais existé de consensus sur cette guerre,
son sens, son bilan, son terme, et donc sa Mémoire.
La guerre d'Algérie a donc longtemps été caractérisée par une politique de l'oubli.
Dans le même temps, comme l'a justement rappelé Jean-Jacques RENARD, l'Algérie indépendante organisait à partir de 1970, une hyper-commémoration de sa guerre de
libération, sans doute pour légitimer le pouvoir établi.
A partir de 1998, cette date devint en Algérie, la fête de la Victoire de l'indépendance nationale. Et corrélativement, celle d'une défaite -au moins morale et politique- pour la
France....
Tant de villes de France ont baptisé une rue ou une place du 19 mars 1962, exprimant par là-même, ce besoin de Mémoire.
Finalement, c'est la date du 5 décembre qui, au terme d'une longue concertation, a été préférée à celle du 16 octobre, anniversaire du transfert du corps du soldat inconnu de la guerre d'Algérie
à la nécropole nationale de Notre-Dame-de-Lorette dans le Pas-de-Calais.
Préférée à celle du 19 mars, date du cessez-le-feu -qui n'en a eu le nom- étant donné le massacre de plus de 100000 harkis et de leurs familles, les milliers d'assassinats et d'enlèvements de civils européens et de militaires français après cette date, en violation flagrante des Accords d'Evian.
« N'en parlons jamais, pensons-y toujours » avait dit Gambetta à propos de l'Alsace-Lorraine.
Si la parole n'éteint jamais les incendies, la Mémoire doit être le temps du rassemblement et de l'Union nationale, contre l'Oubli et la guerre des mots qui prolonge trop souvent celle des
armes.
Comme l'a très justement rappelé le Député, Manuel AESCHLIMANN, dans sa lecture du message très sensible du Secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants, Jean-Marie BOCKEL, l'heure est à la
réconciliation et au souvenir des drames endurés par tous les protagonistes de ces conflits meurtriers, de part et d'autre de la Méditerrannée.
Par delà cette date, et les débats qu'elle continue de susciter, la vraie question est celle de la nécessité de dépasser les clivages politiques pour s'accorder
ensemble sur les termes d'une vraie et sincère réconciliation, entre français d'une part, mais aussi entre français et algériens.
C'est aussi la condition
nécessaire -bien que non suffisante- pour réussir la transmission de la Mémoire aux jeunes générations, une des finalités, avec l'hommage aux disparus, de toute commémoration
patriotique.
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