
Je suis triste pour la Guadeloupe. Triste pour ses enfants, dont je fais partie. Inquiète pour son économie qui se dégrade, chaque jour qui passe, sans
solution.
Comme tout le monde, j'en appelle au calme des esprits, au sens des responsabilités, et à renouer les fils du dialogue.
Plusieurs semaines que j'observe le spectacle d'un dialogue de sourds entre les parties en présence.
Dialogue de sourds, bien sûr, c'est une formule. Ils ne sont pas sourds, les militants du LKP, le Collectif contre les Exploitations Outrancières. Pas plus que ne sont sourds les entreprises du
patronat, ou encore les représentants du Gouvernement, avec le Secrétaire d'Etat à sa tête, Yves JEGO, qui n'a pas hésité à prendre le temps qu'il fallait pour écouter les doléances,
consulter, et ébaucher une solution de sortie de crise, avec des propositions qui peuvent servir de base sérieuse pour la négociation.
Le propre des conflits sociaux de notre époque, c'est qu'ils se déroulent dans un temps de "disette". Il n'y a pas de marge de manoeuvre financière, ni au niveau des collectivités locales, ni du
côté de l'Etat, et les entreprises affichent un pessimisme déconcertant.
La France entre de plain pied dans la récession.
Depuis longtemps, l'outre mer n'arrive pas à décoller, et maintenant, voilà qu'on lui parle de récession.
Il faut imaginer le tableau...
La vie est chère aux Antilles. Lorsque nous y partons en vacances, pour revoir la famille, je reste muette devant les étalages et surtout les étiquettes qui indiquent les prix des produits.
En Guadeloupe, en vacances, je fais l'impasse sur les yaourts et les desserts lactés. Sauf pour les enfants, mais moi, je peux m'en passer...
La crémerie est hors de prix. Même quand c'est une production locale, elle est deux fois plus onéreuse qu'en métropole.
Les fromages, n'en parlons pas. Les légumes cultivés au pays, à peine bon marché. Il ne faut pas vouloir manger des prunes ou des pèches, et même les pommes ne sont pas bon marché. Tout est
importé, mais est ce normal que tout soit si cher?
Il y a donc un problème de vie chère. La population qui n'est pas employée par la fonction publique est touchée de plein fouet. Elle n'a pas les fameux 40% de vie chère...
Les ultramarins qui vivent en métropole mettent les mains sur la tête (min si tet) pour vivre là-bas, quand ils ne bénéficient pas des congés payés et des avantages financiers qui vont avec. Et
les autres, non fonctionnaires, sait-on comment ils font? C'est simple, ils n'y vont pas, ils ne peuvent pas se le permettre...
Le gouvernement, et singulièrement le Délégué interministériel à l'égalité des chances pour les français d'outre mer, Patrick KARAM, a fait un travail remarquable pour obtenir la baisse des
billets d'avion, de la part des compagnies aériennes. Et il faut l'en féliciter.
C'était une promesse de campagne du candidat à l'élection présidentielle, Nicolas SARKOZY, et elle est en passe de se concrétiser.
En Guadeloupe, il n'y a pas que la vie chère.
Il y a un malaise avec l'idée que l'on se fait d'un partage équitable, ou équilibré de la richesse, selon sa place dans l'économie et la société.
Disons-le, il y a un problème entre la majorité de la population, noire ou issue du métissage, avec ceux qu'on appelle "les békés", les descendants des colons français et autres, qui possèdent le
foncier, les moyens de production, et qui contrôlent l'économie.
Ce problème ne date pas d'hier. Il est aussi vieux que ne le sont ces territoires de la République.
Un jour, il faut en parler, sans agressivité, sans amertume, même si c'est difficile. Après tout, ces gens là vivent sur le même territoire... bien qu'à côté les uns des autres.
Ce problème de vie chère prend une tournure particulière, au vu de l'exaspération de la population face à la chereté de la vie.
Qui a tort? Qui a raison? La réponse n'est pas binaire. C'est bien plus complexe.
Cette question du partage des richesses produites sur un territoire ne se pose pas qu'aux Antilles.
Il y a certes des abus de position dominante, là bas.
Il y a le monopole des pétroliers qui ont écrasé les consommateurs en pratiquant des prix prohibitifs. Au reste, le conflit est né du refus de ces compagnies monopolistiques de permettre
l'ouverture du marché... On tourne en rond.
La Guadeloupe est un marché captif.
Les habitants sont prisonniers d'un territoire.
Au déracinement des antillais de la métropole répond l'isolement et le manque de perspectives pour nos compatriotes vivant sur le sol de ces territoires.
22,8% de chômage en guadeloupe, 21% en martinique, quand la moyenne atteint à peine les 8% en métropole!
Quel avenir pour cette jeunesse?
Comment vivre debout, du fruit de son travail, quand il n'y en a pas?
Cela pose le problème du développement de ces territoires qui doit être endogène, fondé sur leurs ressources propres, sur leurs talents.
Dieu sait que la nature a gâté les Antilles.
Alors que l'on évoque à tout bout de champ le développement durable et les énergies naturelles, ici, où mieux qu'aux Antilles ces ressources naturelles existent?
La Polynésie s'y emploie, dans une certaine mesure.
La Réunion réussit bien, avec des filières innovantes dans le domaine des énergies (biomasse, recyclage, énergie solaire), de l'agriculture notamment.
Quelques territoires ultramarins ont créé des pôles de compétitivité qui sont autant de promesses pour l'avenir.
Le tourisme ne peut pas être la seule source de développement de ces territoires. Le travail coûte encore trop cher en France, par rapport aux concurrents dans la
Caraïbes, Saint-Domingue, par exemple, pour ne citer qu'elle.
On n'est pas à l'abri d'un retournement de situation.
Et puis, les billets d'avion....une honte encore. Un vol sec, plus cher qu'un combiné vol+hébergement....
Les filières agricoles traditionnelles subissent de plein fouet la concurrence des pays qui bénéficient d'accords de partenariat avec l'Union Européenne ou encore de subventions.
Notre banane est encore chère.
La canne à sucre...
Le scandale du chlordécone n'a pas arrangé l'image et le positionnement relatif sur le marché de nos productions.
Les cultures agricoles qui poussent en terre, comme les tubercules, les cultures maraîchères, quel avenir dans des sols pollués?
Malgré ce tableau, il y a un espoir.
Le soulèvement du peuple guadeloupéen prouve qu'il y a une furieuse envie de résister à la mort lente qui menace nos territoires d'outre mer.
Mais le mouvement est en train de prendre une sale tournure, avec ces casseurs qui en proftent pour déstabiliser une économie chancelante, et une population fragilisée.
Je n'ai pas parlé de l'identité, de la reconnaissance...
L'identité est au centre de tout.
Ce sont les discriminations ici, et toutes les formes de racisme qui viennent parfois d'où on ne les attend pas...
Là bas, c'est la reproduction, au moins dans les consciences, si ce n'est parfois dans les attitudes de certains, de schémas datant de l'époque coloniale.
Toutes ces névroses qui ne sont pas guéries et qui touchent à la conscience collective sont autant de terreaux propices à la rebellion, au soulèvement, comme dans le temps.
Je ne suis pas persécutée par la période de l'esclavage.
Je ne me lève pas tous les jours en me disant que je suis peut être -quelque part- une arrière arrière arrière petite fille d'esclave...
Je vis avec mon temps. mais je pense qu'il y a des choses qui passent de génération en génération.
Quand l'avenir semble fermé, parfois, on se replie sur le passé.
cela ne veut pas dire qu'il faut oublier ou renier le passé, mais il faut surtout construire l'avenir. C'est encore la meilleure façon de vivre libre.
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