
Les négociations avec le LKP, le Collectif contre les
Exploitations Outrancières, qui avait orchestré et conduit le "soulèvement" de la majorité de la population guadeloupéenne depuis le 20 janvier dernier (voir Outre Mer en crise: La Guadeloupe, sur un volcan... , sont en passe d'aboutir.
S'il faut se réjouir d'un probable règlement du conflit sous peu, il faudra longtemps encore pour panser les plaies ouvertes dans l'économie et la société guadeloupéennes.
Pendant ces longues semaines, tous les secteurs de l'économie guadeloupéenne ont été suspendus; de rares activités ont fonctionné au ralenti...
Le chômage technique pour certains, les dépôts de bilan pour d'autres, l'enlisement dans la spirale de la précarité, les difficultés en cascade pour les parents pourvoyant aux besoins d'enfants
étudiants hors du territoire, les artisans privés de commandes, sans compter l'image de la destination touristique durablement altérée, les plus grands doutes sont autorisés sur ces défis
que la population guadeloupéenne aura à affronter prochainement.
Les questions de l'après grève se bousculent.
Les jours de grève seront-ils indemnisés? si oui, dans quelle mesure? pour quelles catégories socio professionnelles?
Les entreprises vont elles licencier? Que va induire l'accord trouvé dans les choix des chefs d'entreprise?
Comment vivre avec la pénurie et les trous qu'elle aura creusés dans l'économie?
Il y a très peu de ménages français qui disposent de réserves permettant de voir venir, à hauteur de plus de 1 mois de salaire....
Comment ont fait tous ceux qui se sont mis en grève? et ceux qui n'ont pas eu d'autre choix?
En contact régulier avec de nombreux guadeloupéens pendant les événements, j'ai eu le sentiment particulier que beaucoup avaient l'impression de participer à une action qui les
dépassait, subissant silencieusement un repos forcé, ou bien soutenant assidument l'opération.
Tout de même, l'agacement, la peur pour l'avenir, le doute avaient commencé à gagner certains esprits qui anticipaient les contrecoups à venir, pour soi même et les autres.
Car ce qui ressort de ce mouvement, c'est la grande solidarité de la population dans son ensemble, plutôt fondée sur un diagnostic partagé dans l'ensemble, bien que variable selon la place de
tout un chacun dans le système de production.
Si l'insularité est source de problèmes pour tous, peut être que certains s'en sortent mieux que d'autres...N'empêche...
Réduire les conséquences liées à l'éloignement de ces territoires français d'outre mer, en termes de dispositifs, ou dans les modalités de l'application de la loi, compenser ou rattraper les
décalages nombreux, ne fera pas l'économie d'un questionnement sur les mentalités, sur l'histoire, sur sa relation à la "métropole", sur les termes d'un nouveau pacte social où la réussite voulue
ensemble se partage au lieu de se diviser.
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